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AU FIL DE L’ACTUALITE (JUIN 2017)

AU FIL DE L’ACTUALITE (JUIN 2017)

Au fil de l’actualité (Juin 2017)

 Le couple Macron, des ambitieux aux nez aiguisés…

Les récents mouvements électoraux dans l’hexagone ont été étonnants, voire détonants ! On a assisté à l’effondrement aussi inattendu que brutal des appareils politiques à droite comme à gauche. Sans compter un niveau d’abstention incongru alors qu’en «En Marche» paraissait susciter un enthousiasme quasi délirant !

Jusque-là la sphère politique, vaille que vaille, assurait une alternance régulière, droite – gauche et vice – versa, offrant ainsi toutes les apparences de la crédibilité démocratique aux rendez-vous électoraux. Cela évitait de poser un diagnostic sur l’état de notre vitalité politique et citoyenne.

Souterrainement le malaise s’amplifiait mais sans mobiliser réellement les diagnosticiens ! De fait, les derniers événements ont révélé que notre démocratie n’était plus que carton pâte ! Sans doute depuis belle lurette. Comme s’il fallait faire le constat d’une fin de civilisation.

Or de tels événements avec une rupture aussi brutale et aussi globale se dévoilent au der-nier moment quand ils adviennent. Pour faire un parallèle, les civilisations s’effondrent quand leurs piliers ont atteint des fissures qui, sans être visibles, peuvent être sans rémis-sions.

Seuls ceux qui s’apprêtent à donner le « coup de pied de l’âne », par contre, s’y prépa-raient de longue date. Ils s’avèrent être des « renifleurs » aiguisés à la mesure de leurs ambitions personnelles. Ils y ajoutent leurs talents de stratèges pour profiter des circons-tances qu’ils sentent advenir avant tous les autres. En l’occurrence, le coup de pied dans   le tabouret pour engager un effondrement aussi rapide qu’imprévu est venu conjointe-ment d’un couple, les Macron. Il avait préparé leur coup en partant de loin sans prévoir la date exacte de leur coup car il devait attendre les signes leur permettant d’abattre leurs cartes décisives.

Le couple en symbiose

Qui de Madame ou de Monsieur a avancé son ambition le premier, qui a le plus de capa-cités stratégiques ? Quelles complémentarités fonctionnent au sein du couple ? Cela reste à creuser… Quoiqu’il en soit, à l’heure de l’intronisation élyséenne, le président en fonc-tion a accepté de laisser une large place à sa « complice », confirmant en l’occurrence un binôme mutuellement actif.

Mais, bien entendu, sauf à obtenir un reflet psychanalytique du couple, on risque de se perdre en conjectures pas forcément utiles pour projeter notre regard sur l’avenir. A l’évi-dence, le tandem assume conjointement les événements qui s’enchaînent à grande vitesse. Leur symbiose apparaît pour l’heure comme très solide tant l’inclusion entre eux semble sinon fusionnelle du moins fortement interactive.

Il manque au tableau, un élément essentiel, la source de leur mobilisation et la justi-fication de leurs ambitions. Par leur appartenance d’une part à la haute sphère « bour-geoise » et par leur cheminement spirituel conjoint elle ne peut se situer qu’en termes de service à la société. Le milieu auxquels ils appartiennent ne peut s’afficher comme mes-quin. On n’est pas dans l’accession à la richesse privative ou l’affichage d’une réussite d’intérêt privé. Il fallait à leur démarche une dimension sociétale de générosité.

Ils l’ont trouvé conjointement d’abord dans leur éducation spirituelle. Elle leur a permis de poser la mobilisation de leurs énergies dans l’ambitieux service à la Nation. Les Ma-cron, ont en effet côtoyé dans un lycée, la formation et la culture jésuite avec leur saint, Ignace de Loyola. Pour ceux qui ne seraient pas pleinement branchés et pour leur montrer qu’il s’agit de la « meilleure part catholique », l’actuel pape François à Rome en est désor-mais le membre actuel le plus célèbre, réussissant même à donner une crédibilité restau-rée au Vatican ! Une gageure que personne n’osait plus espérer tant les « grenouilles de bénitier » et les intégristes de tous poils veillent à maintenir le statut quo.

Deux mots sur Ignace de Loyola pour les lecteurs éloignés de toute référence catholique. Celui-ci était au début de sa vie, un superbe mécréant, cherchant à se faire bien voir des «grandes dames» de la société espagnole. Mais les événements l’ont conduit à devenir un fervent du Christ. Il a lâché la haute bourgeoisie pour suivre, ce « crucifié sur une croix ». Il a lâché tous les biens du monde et les armes qu’il maniait avec dextérité. Il était aussi radical dans la foi qu’il l’était dans sa vie de séduction et de militaire.Il s’empressait, si une sainte femme lui avait offert un manteau pour se couvrir, de le donner dès qu’il croisait un pauvre sur son chemin, préférant demeurer en guenilles.

Entre l’excessif Ignace et le désir du couple, il restait à trouver un équilibre entre. Les Macron n’ont pas lâché l’ambition, bien au contraire. Ils entendaient devenir l’élite de la Nation mais voulaient y ajouter une dimension d’humanité. Si le couple n’avait pas l’intention de sortir de leur milieu, la culture « Jésuite », leur offrait l’opportunité d’un accès à la bonne conscience. Les Jésuites ont en effet une aspiration particulière – en lien aux hautes études préalables à l’entrée au sein de la Compagnie. Ils entendent être présent auprès des puissants de la société dans le monde entier pour peser davantage sur le cours du monde. Ainsi, les Macron ont emprunté cette voie plus accessible pour eux. Ils ont accolé le label « Ignace de Loyola » à leur prétention de restaurer la France, s’octroyant ainsi une bonne conscience d’excellence.

D’ailleurs, nombre de participants n’ont pas manqué de repérer les envolées sinon christi-ques du moins mystiques d’Emmanuel, lors de ses meetings électoraux. Il exprimait sans l’expliciter qu’il se situait comme un envoyé du ciel au service de la France. Cela fait com-me un écho avec Jeanne d’Arc. De là à dériver vers le FN, ce serait faire un procès d’inten-tion qui ne s’appuierait sur rien de tangible. Car, contrairement à la posture majoritaire des catholiques, leur foi de couple n’a pas ni lien avec l’intégrisme ni avec un fascisme d’exclusion mais exprime en paroles pour l’heure, plutôt une attention aux démunis ! Seul l’avenir et les actes posés nous diront ce qu’il en est dans le réel…

Les ambitions en confrontation avec la réalité du couple et le réel du monde

Leur bonne conscience, désormais étayée d’une forme d’appel reçu au service de la Nation, notre couple pouvait dès lors enclencher leur œuvre sans fausse modestie, comme une ré-ponse en phase avec leur destinée. Leurs larges et complémentaires talents pouvaient dès lors se déployer à leur vraie mesure. Avec ce premier but d’excellence ; prendre en main les destinées de la France, si possible sans perdre trop de temps… B. Macron avait ses entrées dans la haute société parisienne ; E. Macron avait atteint un niveau d’études suf-fisant pour ne pas être par trop ressenti comme étranger au milieu de la capitale. « Rasti-gnac » montait à Paris avec son « aide de camp » et cette ambition d’accéder à la plus haute fonction de la Nation

Fort d’eux-mêmes, de leurs compétences, de la certitude de travailler pour la France, avec l’assentiment intériorisé du Christ, leur voilier pouvait dresser les voiles pour une course fantastique. Mais les mauvais vents pouvant mettre leur voilier en difficulté, nos marins se devaient de poser un diagnostic pour ne pas rater le but ultime.

Emmanuel Macron avait d’ailleurs une revanche à prendre sur la vie car il ne pouvait se revendiquer ni de Polytechnique, ni de l’Ecole Normale Supérieure, passages obligés pour ceux qui prétendent être un acteur au plus au niveau de l’Etat. Mais quand la destinée ap-pelle, rien ne lui résiste si le prétendant a l’ambition chevillée au corps.

L’ambitieux voulait sa revanche pour clouer le bec à tous les hyper-diplômés qui le sno  -baient comme il est de coutume dans ces milieux. Sa rapidité de synthèse. Sa focalisation sur sa seule ambition, sa capacité à jongler avec les mots pour les relier en donnant l’im-pression qu’ils font cohérence, sa manière de se montrer tout en se cachant, toujours à la recherche des relais pour atteindre au plus vite la réalisation de son projet étaient des a-touts qui allaient se déployer sans coup férir dans un milieu, effectivement suranné, imbu de lui-même, ayant depuis longtemps renoncer à s’interpeller, incapable dès lors de repé-rer ses propres fragilités et les menaces qui obscurcissaient pourtant l’horizon. Le gringa-let étonnait, épatait mais ne pouvait en aucun devenir une menace.

Aussi, le couple a-t-il pu développer un plan d’attaque, s’appuyant paradoxalement sur ceux qui se croyaient si supérieurs qu’ils n’ont pas vu la menace. Emmanuel Macron, un opérationnel sans état d’âme, a reniflé à vitesse grand « v », les fragilités des uns, les am-bitions désordonnées des autres, les affectifs en souffrance pour mettre tous dans sa poche ou marginaliser les plus réticents à sa démarche de séduction.

Il a ainsi diagnostiqué un François Hollande, trop encombré de ses fonctionnements antérieurs, pour prendre la réelle dimension d’un chef d’Etat. Par ailleurs, le chef d’Etat était trop dans ses affects pour se méfier de quelqu’un de vitalisant, de vibrionnant, d’ap-paremment spontané pour s’en méfier. Il croyait tenir les Macron mais le dindon de la farce c’était lui. La jeunesse « Macron » offrait sur un plateau au Président des esquisses d’initiatives nouvelles, lui insufflant une nouvelle vitalité superficielle. Mais, de fait, ces propositions allaient retomber comme château de cartes sans qu’on puisse l’en accuser, tellement la cour qui entourait le Président, n’avait que le souci de la succession et savon-nait la planche déjà largement fissurée sur laquelle il croyait accéder à un mandat supplé-mentaire.

Quant au caractère désuet des appareils politiques, le couple – fort de leur équipement d’a-nalyse nourri par la fréquentation jésuite – en avait pris conscience depuis belle lurette sa-chant comment il allait les dépasser par sa vitesse d’exécution le moment venu… En atten-dant, il reniflait là encore ceux qui pourraient s’intégrer à sa stratégie faute d’envergure, et ceux qui tomberaient dans le néant comme des fruits trop mûrs ou encore ceux qu’il fallait provoquer pour qu’ils se marginalisent d’eux-mêmes car trop accrochés aux valeurs pro-fondes d’un socialisme qui, à ses yeux, retardaient d’un siècle sinon de deux !

Et, au déclenchement du combat, tout était en place. Le vide politique est apparu au grand jour entre les « primaires » vides de contenu, aggravées par les conflits internes des appa-eils, faisant émerger des « leaders » sans envergures et le méli-mélo judiciaire, émergeant subitement comme un « fait exprès », sapant ceux qui avaient encore quelques velléités de parvenir aux plus hautes fonctions de l’Etat.

Dès lors, comme la nature humaine a horreur du vide, l’électorat a sauté paradoxalement sur « En Marche » pour trouver sinon une situation stable du moins un point de chute. A la mesure de l’effroi, le peuple aspiré par un vide ressenti comme abyssal, s’est précipité pour apaiser son angoisse et retrouver ainsi un début d’apaisement.

« En Marche » le point de réassurance ! Le contrepied Macron au système en dérive

Bien entendu, dans une telle période, la raison se perd au profit d’une réactivité exacerbée. Ainsi, « En Marche » qui en soit n’a rien de rassurant faute de préciser sa trajectoire et ses repères, a été le seul réceptacle pour les angoissés. Ils ont plongé dans cette proposition fantasmatique comme « un seul homme » ou plutôt en l’occurrence comme « un seul peu-ple ».

Il est vrai que le couple Macron avec sa culture intellectuelle hors norme, a su poser une série de jalons subliminaux rassurants pour tenter et réussir leur « OPA » politique du peuple. Leurs nez les avaient les prévenus et ils s’étaient projetés dans cette phase crucia-le. Le tandem avait préparé son argumentation pour accueillir «le peuple en détresse» !

François Hollande avait désacralisé la notion du « Père de la Nation ». L’Elysée n’était plus un symbole. Le président se permettait même des sorties nocturnes pour des rendez-vous galants, en aggravant son cas en enfourchant un scooter ! Le locataire du Palais se voulait « normal ». Il convoquait même les meilleurs journalistes du quotidien Le Monde pour bavarder de longues heures avec eux, les laissant entièrement libres de rédiger leur synthèse. Jusqu’à présenter l’ouvrage comme le contenu de tout ce qu’un président ne de-vrait pas dire !

L’antienne de la « Grandeur de la France » enfin retrouvée

Dès lors, le tandem a emprunté une stratégie simple à destination d’un peuple en émoi, désarçonné. Tous les ingrédients mobilisés ont été choisis comme des points de repères aisés à intégrer par une foule en recherche d’un sauveur.

La logique aurait été de convoquer le ban et l’arrière-ban de tout ce qui compte dans la République à Reims pour un sacre présidentiel en bonne et due forme. Le couple n’a pas osé aller jusque-là mais presque. La cérémonie a eu lieu, de ce fait, à l’Elysée.

Cependant toutes les étapes de l’intronisation ont été marquées par des effets de « gran-deur ». Sans les évoquer tous, le couple a repris à son compte les « hauteurs mitterran-diennes » pour imprimer sa marque lors des cérémonies. E. Macron sous les yeux très attentifs de son épouse a affirmé sa suprématie de chef des armées, il a imposé la distance entre la parole présidentielle et celle de son gouvernement. Dans la foulée, il a accumulé rapidement des rencontres avec les chefs d’Etats les plus puissants du monde pour affir-mer son rang et le respect dû à la grandeur de la France aux autres nations. A. Merckel, Trump, Poutine – excusez du peu – ont rendu sans barguigner ce service au Président de la République française. Les Français en quelques semaines se sont réintroduits dans cette fierté d’être de la France, un standing gommé depuis trop longtemps, pour une grande part par une élite en déconfiture !

La gloire du chef de l’Etat réintroduite

De fait, dans le temps imparti, entre la présidentielle et les législatives, E. Macron a rétabli la sacralité de la fonction présidentielle, et de facto, nourri la crédibilisation accélérée d’«En Marche» avec une posture à distance, économe en mots sinon en gestes… Les équi-piers d’ «En Marche» n’ont existé que dans une apparence collective silencieuse avec l’ob-jectif principal d’annoncer la fin des partis politiques, et donc des guerres partisanes. Une seule et unique suprématie désormais, celle du chef de L’’Etat et des Armées.

Pour ce faire, E.Macron avait pris soin d’agréger à « En Marche » pour la plupart, des gens sans passé, heureux d’être entraînés dans une aventure à laquelle ils n’avaient jamais en-visagé de participer. Et il a été très attentif à ne pas accorder des fonctions hiérarchiques ouvrant la voie à des concurrences potentielles.

Les membres recrutés étaient par principe de simples gens de bonne volonté, soucieux de l’intérêt public, « béats » devant les compétences de celui qui les rassemblait. Ils étaient volontairement issus de tous horizons politiques, rassemblés parce que de bonne volonté, censés s’appuyer sur du bon sens, sur l’acceptation de la différence, pour devenir des serviteurs zélés de l’intérêt public.

D’emblée, ils étaient à même de valider la fonction du chef, le seul ayant les compétences nécessaires pour un projet qu’ils étaient loin d’être en capacité d’élaborer sans leur leader. Emmanuel Macron n’a eu aucune peine à s’imposer dans ce milieu pour la plupart d’inexpérimentés dans le champ politique… Au-delà même de ses qualités propres, dont le brio était devenu évidence au regard des foules qu’il mobilisait dans ses meetings.

Ils avaient droit à la parole, à l’expression précisément parce qu’ils étaient – compte tenu de leur peu d’expérience publique – dans la reconnaissance entière à leur chef qui les avait sélectionné et rassemblé.

Et ils pouvaient, comme les soldats de l’empire, dans la fidélité au « chef de guerre » espérer à terme, quelques récompenses et gloires. Ces « simples gens d’ « En marche »  acceptaient le contenu programmatique et portaient autant que possible la bonne parole de leur leader incontesté.

élie somot

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