Votre recherche

Le coup de gueule du Pape à La Curie romaine, un exemple pour tout aspirant manager

Le coup de gueule du Pape à La Curie romaine, un exemple pour tout aspirant manager

Au-delà de ses dimensions spécifiquement religieuses, l’Eglise catholique a toutes les dimensions d’une multinationale… Le Pape en a clairement conscience lorsqu’il s’exprime devant les cardinaux de la Curie romaine réunie juste avant Noël 2015 : « Celle-ci est un corps complexe, composé de tant de dicastères, de conseils, de bureaux, de tribunaux, de commissions et de nombreuses entités qui n’ont pas toutes les mêmes tâches, mais sont coordonnées pour fonctionner de manière efficace, édifiante, disciplinée et exemplaire, en dépit de la diversité culturelle, linguistique et nationale de ses membres. » Or, pour beaucoup d’éléments, cette multinationale « du Christ » s’avère exemplaire de toutes les dérives possibles d’une institution où la « tête » accumule les pouvoirs sans contre-pouvoir réel.

Aussi l’intervention du Pape François devant la Curie Romaine devrait être montrée en exemple dans toutes les formations destinées aux futurs managers. Car le Pape a nommé et creusé quinze thématiques qui menacent la Curie certes, mais au-delà toute institution quelle que soit ses prétentions de départ…
Voilà pourquoi nous vous en proposons la lecture avec toutes nos excuses au Pape François pour les amendements, coupures faites dans son intervention. Nous voulons ouvrir son diagnostic des « dérives » institutionnelles à un large public, notamment à tous ceux qui sont en exercice ou qui prétendent exercer la fonction de manager avec un désir d’une réelle tenue éthique !

Plus que toute autre institution, l’Eglise Catholique se convoque à l’universel et à la conduite éthique, la plus haute, à l’exemple de celle du Christ qui s’est livré au sacrifice pour appeler l’humanité à l’amour du prochain quel qu’il soit et en toutes circonstances…

Mais, plus on fixe la barre haute, plus on prétend à l’exemplarité, plus on doit s’astreindre à la plus grande des vigilances… Pour redescendre un instant sur terre, Volkswagen se flattait de proposer à sa clientèle « Das Auto », ce terme invitant à prendre le véhicule de cette marque comme la référence absolue de la voiture, prétendant ainsi mettre à distance la concurrence… Et puis, bien entendu, patatras, « Das Auto » s’est effondré comme un château de cartes…

Le Pape accédant au plus haut niveau de la hiérarchie de l’Eglise catholique a pris l’initiative de lui-même, d’étaler les dysfonctionnements de sa boutique devant les caméras du monde entier ! Devant les plus hauts dignitaires de l’institution, les fameux cardinaux « romains », il a nommé toutes les défaillances de la Curie romaine appelée pourtant à être exemplaire !

Nous n’avons retenu de l’intervention du Pape que les extraits, utiles à nos futurs managers, autant que possible hors de toute dimension religieuse car ce n’est pas le sujet de ce texte… Nous cherchons juste à rendre attentifs tout futur manager aux dérives mentionnées… Le Pape François en fait un tour saisissant avec un réalisme rare…
Pour Lui, la Curie est appelée « à s’améliorer en permanence et à croître dans la communion et la sagesse pour pleinement mener à bien sa mission. Pourtant, comme tout corps, comme tout corps humain, elle est exposée aussi aux maladies, aux dysfonctionnements, à l’infirmité. »
Et devant les cardinaux, le Pape liste certaines de ces probables maladies, qu’il nomme clairement ; les « maladies curiales ».

1.La maladie de celui qui se sent « immortel », « immunisé » ou tout-à-fait « indispensable » et néglige les contrôles nécessaires et habituels. Une Curie qui ne fait pas son autocritique, ne s’ajuste pas en permanence, ne cherche pas à s’améliorer, est un corps malade, infirme… Cette posture découle souvent de la pathologie du pouvoir, du complexe des « élus », du narcissisme qui consiste à regarder passionnément sa propre image…
2.La maladie de l’activité excessive. Elle concerne ceux qui se noient dans le travail et négligent inévitablement « la meilleure part » : s’asseoir et ce recevoir des autres. Le temps du repos est une nécessité, un devoir, et doit être vécu sérieusement : en passant un peu de temps avec sa famille et en respectant les jours fériés comme des moments pour se ressourcer spirituellement et physiquement.
3.La maladie de la « pétrification ». Ceux qui en sont atteints possèdent un cœur de pierre et une « nuque raide. Ce sont ceux qui, chemin faisant, perdent leur sérénité intérieure, la vivacité et l’audace, et se cachent derrière leurs dossiers, devenant les « rois du formulaire »… Il est dangereux de perdre cette sensibilité humaine qui permet de pleurer avec ceux qui pleurent et de se réjouir avec ceux qui se réjouissent !
4.La maladie de la planification excessive et du fonctionnarisme. Quand on planifie tout minutieusement et croit que planifier à la perfection fait réellement avancer les choses, on se transforme pratiquement en expert-comptable ou en fiscaliste. Tout bien préparer est nécessaire mais il ne faut jamais succomber à la tentation de vouloir enfermer ou piloter la liberté de l’autre qui ouvre… On se laisse gagner par cette maladie parce qu’il « est toujours plus facile et plus commode de se caler dans ses propres positions statiques et inchangées.
5.La maladie de la mauvaise coordination. Quand il n’existe plus de communion entre les membres et que le corps est privé de son fonctionnement harmonieux et de sa tempérance, il devient un orchestre qui produit seulement du chahut, parce que ses membres ne collaborent pas et ne vivent pas l’esprit de communion et d’équipe.
6.Il y a aussi la maladie d’« Alzheimer du sens de l’humanité », c’est-à-dire l’oubli de l’histoire du commencement de l’humanité et de son inscription dans la suite des générations… On le découvre chez ceux qui sont totalement dépendants de leur présent, de leurs passions, caprices et manies ; chez ceux qui construisent autour d’eux des murs et des habitudes et deviennent de plus en plus esclaves des idoles qu’ils ont sculptées de leurs propres mains.
7.La maladie de la rivalité et de la vanité. Quand l’apparence, les couleurs des vêtements, les signes honorifiques deviennent le premier objectif de la vie, en oubliant les paroles de saint Paul : « Ne soyez jamais intrigants ni vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres ».
8.La maladie de la schizophrénie existentielle. C’est la maladie de ceux qui ont une double vie, fruit de l’hypocrisie typique du médiocre et du vide éthique progressif que les diplômes et les titres académiques ne peuvent combler. Une maladie qui frappe souvent ceux qui, abandonnant le service, se limitent aux tâches bureaucratiques et perdent ainsi le contact avec la réalité, avec les personnes concrètes. Ils créent ainsi un monde parallèle, à eux, où ils mettent de côté tout ce qu’ils enseignent sévèrement aux autres et où ils commencent à vivre une vie cachée et souvent dissolue.
9.La maladie de la rumeur, de la médisance, et du commérage. C’est une maladie grave, qui commence simplement, peut-être seulement pour faire un brin de causette, et qui s’empare de la personne. Celle-ci se met alors à « semer de la zizanie », et dans beaucoup de cas à « assassiner de sang froid » la réputation de ses propres collègues et confrères. C’est la maladie des personnes lâches qui, n’ayant pas le courage de parler directement, parlent dans le dos… Gardons-nous du terrorisme des bavardages !
10.La maladie qui consiste à diviniser les chefs. C’est la maladie de ceux qui courtisent leurs supérieurs, en espérant obtenir leur bienveillance. Ils sont victimes du carriérisme et de l’opportunisme. Ils honorent les personnes en pensant uniquement à ce qu’ils doivent obtenir et non à ce qu’ils doivent donner. Des personnes mesquines, malheureuses, et inspirées seulement par leur égoïsme fatal. Cette maladie pourrait frapper aussi les supérieurs quand ils courtisent certains de leurs collaborateurs pour obtenir leur soumission, leur loyauté et leur dépendance psychologique, mais il en résulte au final une véritable complicité.
12.La maladie du visage lugubre. Elle est celle des personnes bourrues et revêches, qui estiment que pour être sérieux il faut porter le masque de la mélancolie, de la sévérité, et traiter les autres – surtout ceux que l’on considère comme inférieurs – avec rigidité, dureté et arrogance. En réalité, la sévérité théâtrale et le pessimisme stérile sont souvent les symptômes d’un sentiment de peur et de d’insécurité… Ne perdons donc pas cet esprit joyeux, qui sait manier l’humour, et même l’autodérision, qui font de nous des personnes aimables même dans les situations difficiles.
13.La maladie qui consiste à accumuler. Souffre de celle-ci, celui qui cherche à combler un vide existentiel dans son cœur en accumulant les biens matériels, non pas par nécessité, mais seulement pour se sentir en sécurité. En réalité, nous ne pourrons emporter avec nous rien de matériel parce que « le linceul n’a pas de poches » et tous nos trésors terrestres – même si ce sont des cadeaux – ne pourront jamais combler ce vide… L’accumulation ne fait que nous alourdir et ralentir inexorablement notre chemin !… Nos déménagements sont un signe de cette maladie.
14. La maladie des cercles fermés… Cette maladie elle aussi commence toujours par de bonnes intentions, mais au fil du temps, elle asservit ses membres, devient un cancer qui enferme sur un « entre nous » et cause tellement de mal spécialement aux plus petits de nos frères et sœurs mis à l’écart.
15.Et la dernière, la maladie du profit mondain, des exhibitionnismes. Elle est celle de celui qui transforme son service en pouvoir, et son pouvoir en marchandise pour obtenir des profits mondains, ou davantage de pouvoir. C’est la maladie des personnes qui cherchent insatiablement à multiplier les pouvoirs et dans ce but, ils sont capables de calomnier, de diffamer, de discréditer les autres, jusque dans les journaux et les magazines. Naturellement, dans le but de s’afficher et de montrer qu’ils sont davantage capables que les autres. Seul compte le fait de se voir à la une des journaux, parce qu’ainsi il se sent « puissant et irrésistible ». Il fait tellement de mal aux autres !

Articles similaires

Pas de commentaire

Commenter

Votre adresse mail ne sera pas publiée.