Votre recherche

L’approche du Père Joseph Wresinski…

L’approche du Père Joseph Wresinski…

Une synthèse réalisée à partir de la revue du CERAS
Sur le thème « Devenir le prochain du plus en besoin »

•La Société toute entière est invitée à se repenser au regard des pauvres ou des plus pauvres, dans ses fondements, dans sa législation et dans ses pratiques démocratiques, pour garantir au plus démuni l’exercice des mêmes droits fondamentaux que ceux des autres citoyens, au nom de l’égale dignité – valeur inaliénable propre à l’humain, être libre et responsable.

•Une double démarche… Atteindre les plus pauvres et repenser la société en fonction d’eux. Elle caractérise une solidarité plus prospective et induit une problématique plus offensive pour lutter contre la grande pauvreté et l’exclusion sociale. Elle ouvre pour l’avenir des perspectives nouvelles d’engagement personnel et d’action collective.
Les plus pauvres sont alors source d’un projet de société, d’un idéal de justice et d’amour. Ils ont besoin de nous pour que la société toute entière entende et prenne en compte leur questionnement et leur espérance.

•Questionnements des pauvres. Existe-t-on encore dans le regard des autres ? Qu’est-ce qu’on pense de nous ? Sait-on qu’il nous faut du courage pour vivre notre pauvreté ? S’interroge-t-on sur la justice sociale en ce qui nous concerne ? Sont-ils en questionnement sur des manières d’arrêter cette injustice ?
Il faudrait qu’ils comprennent vraiment ce que nous vivons et ne nous oublient pas. Nous voulons que nos propres enfants ne subissent pas le même sort que nous.

•Espérances. Peux-tu nous proposer quelque chose à réaliser d’utile, de valable dont nous puissions être fiers ? Où trouver des signes d’une bonne nouvelle pour les malheureux – porteuse de paix et d’amitié entre tous les hommes, dont nous puissions nous réjouir ?
Quand pourrons-nous être comme les autres ? Vivre comme eux, avoir les mêmes droits, être respectés, assumer nos responsabilités de parents, de travailleurs, de citoyens ?
Qui nous aidera pour cela ? Qui nous aimera assez pour nous accepter d’abord tels que nous sommes ? Qui ne nous laissera pas tomber après un passage ? Qui sera suffisamment conscient de l’importance des avantages sociaux pour s’impliquer pleinement et dans la durée à nos côtés ?

•Enfermements. Les pauvres subissent :
-Notre mépris ; pire, notre indifférence.
-Notre violence au nom de notre ordre moral et/ou de nos codes au lieu d’une posture disponible dans la durée et à leur rythme en termes d’accueil, d’ouverture, de respect et de soutien … La violence qu’ils subissent devient celle qu’ils feront subir, notamment aux leurs et à leurs entourages… Cette violence ne sera pas stratégique mais aveugle, maladroite, essentiellement réactive… Elle met à distance ceux qui s’approchent et qui finissent par considérer que le pauvre mérite son sort…
-N’est ce pas aussi notre “raison” qui nous dicte d’enlever aux pauvres leur autonomie ? Ne savons-nous pas mieux qu’eux ce qui leur convient ?
-Puis nous les accuserons d’être sans initiative… Mais comment pourraient-ils s’en sortir s’ils n’ont jamais pu exercer leur propre raison ?

Conditions d’un “vivre ensemble” permettant à chacun de trouver sa place, et donc à la société d’être facteur de lien social (Fred Poché. Fac Catho de l’Ouest)

Nous pouvons être confrontés à un cruel sentiment d’impuissance. Nous sommes alors interrogés sur nos ressources pour retrouver goût à l’action contre l’injustice et l’exclusion.
Le pauvre vit une double souffrance ; l’expérience du manque et celle du mépris, de la stigmatisation, du rejet… Avec, pour seule issue, le repli sur soi, le séparant du corpus social et le rapprochant du corpus des “persécutés”… Il réduit l’être humain à son seul corps, à ses manques. Il s’enferme sur ce qu’il éprouve, le rendant inaccessible.

Devant ce constat, il faut donc insister sur l’importance de l’amour, du droit et de la solidarité comme modalités de reconnaissance. C’est-à-dire créer des liens affectifs puissants et s’inscrire dans un respect de la personne, de son autonomie et de ses actes comme personne à part entière. Montrer une solidarité pleine et entière pour l’ouvrir à l’estime sociale. La personne peut alors se rapporter à ses qualités et à ses capacités concrètes.

L’expérience de l’amour donne accès à la “confiance en soi”. L’expérience de la reconnaissance juridique – personne à part entière – permet le “respect de soi”. L’expérience de la solidarité donne accès à “l’estime de soi.”
Encore faut-il mettre en place une cohérence d’intervenants prenant en compte ce triptyque – affect, droit/reconnaissance et solidarité.

Encore faut-il par ailleurs susciter de la part des sujets en détresse sociale, un travail sur soi qu’il faut sinon accompagner du moins encourager, condition sine qua non d’un déplacement de ses représentations de la société comme de lui-même.
Mais la société moderne favorise à faire de l’être humain, un individu à la fois décentré, sans patrie et en exil. Celui-ci ressent alors le monde comme inhumain, violent et menaçant. Il se sent mis à l’écart. La pauvreté, de fait, se voit condamnée “à vivre” dans des ghettos ou des banlieues stigmatisées.

Il faut donc penser l’organisation de la société en prenant en compte les êtres humains dans leur contextualité. Pour les citoyens les plus défavorisés, il faut défendre un véritable “droit à l’espace”, à l’urbain, pour leur permettre d’accéder au rang de citadins-citoyens.
Il s’agit d’engager une politique volontaire de mixité sociale. Il s’avère essentiel de la penser à partir et avec le pauvre, à mobiliser sa participation citoyenne. Cela passe nécessairement par la formation à la prise de parole, au développement d’outils culturels contribuant à former des individus libres et responsables.
L’axe du défi pour déployer un vivre ensemble sans ostracisme consiste à se centrer sur la fragilité et non plus sur la performance et la compétition.

Promouvoir une “politique de la fragilité” ne consiste pas à s’apitoyer mais à penser l’organisation de la cité, de la société en appréhendant la socialité à partir de la condition humaine de fragilité qui rejoint tout humain.
S’accepter soi-même avec ses blessures et vulnérabilités ouvre à un autre rapport avec l’autre pauvre, dans son altérité, entre ses fragilités et ses potentialités qu’il a moins eu l’occasion de déployer.
On s’inscrit alors dans l’interdépendance quels que soient les parcours en humanité. On sort du risque de l’autosuffisance et/ou de la toute puissance.
Une politique de la fragilité s’appuie alors sur les capacités de personnes-sujets. Au-delà de nos fragilités, nous disposons de potentialités qui peuvent être stimulées par des dynamiques de solidarités où chacun trouve son espace d’expression, de responsabilisation et d’engagement.

Articles similaires

Pas de commentaire

Commenter

Votre adresse mail ne sera pas publiée.